Beauté cachée

(Titre provisoire.)
Cette page est confidentielle et uniquement à l'intention de nos partenaires.

Par Julie Chaffort et Olivier Villanove, artistes.
Tania Douzet, chargée de production, médiation et coordination.

Dans cette création en devenir, notre enjeu artistique est de faire se rencontrer deux univers
singuliers, celui d’une cinéaste, et celui d’un conteur.
Julie Chaffort excelle dans la réalisation de films de territoires où elle met en scène leurs
habitants dans des situations performatives et poétiques.
http://www.julie-chaffort.com/
Olivier Villanove, habile narrateur, sait créer des récits qui viennent révéler des lieux.
Tania Douzet, coordinatrice pleine de ressources, met les habitants participants au coeur des
propositions artistiques de manière à ce que la création ne puisse se faire sans eux et se passe
dans la bonne humeur.


« Ensemble, nous souhaitons partager la beauté cachée, celle d’une humanité qui se trouve là,
dissimulée au départ derrière sa porte, puis osant se dévoiler sous nos yeux, d’abord timide puis
survoltée. Nous souhaitons créer un spectacle vivant, décalé, léger et joyeux ponctué par des
mises en scènes lyriques et poétiques et porté par des histoires folles et touchantes. »

 

 

Point de départ de l’aventure

Lorsque nous avons découvert pour la première fois la zone pavillonnaire où nous devions écrire
un spectacle spécialement pour le lieu, nous étions quelque peu dubitatifs.
Notre réaction commune a été : « C’est désert: il n’y a personne ! »
Olivier qui a l’habitude de voyager et de se nourrir de ses aventures pour écrire et Julie qui met en
scène ses films dans des paysages naturels verdoyants où la nature nous submerge… nous étions,
ici, bien mis à l’épreuve !
Devant nos yeux : juste des maisons et des voitures…
Le paysage, un espèce de no man’s land où aucun piéton ne semble s’aventurer, seulement des
voitures qui vont et qui viennent dans des rues calmes et bitumées. L’humain ? Comment ça, un
humain ?
Ce qui nous a interrogés alors, c’est ce qui se cachait derrière ces portes et ces fenêtres ; deviner
ce qui se passait derrière ces murs, qui vivaient là et quelles histoires se tramaient là dedans…
Nous avons donc décidé de découvrir cette zone pavillonnaire par les yeux et les oreilles de
Fabrice, responsable de la voirie. Notre première journée de travail, nous l’avons passée à sillonner
les rues qu’il connaît par coeur. Plus nous échangions avec lui, et plus son récit devenait
passionnant. Il s’arrêtait régulièrement pour saluer un habitant, pour nous partager une anecdote
sur les lieux que nous traversions.
Nous avons fini devant sa maison. Lui même vit depuis 20 ans dans l’un de ces pavillons. Il avait
plaisir à nous raconter sa vie de quartier, la solidarité et l’entraide qui existe entre voisins.
Nous sommes sortis de sa voiture, nous avions un autre regard sur son territoire.
« C’est beau et il y a de la vie ! »

Partir à la rencontre

Depuis, nous avons rencontré de nombreux habitants de ces zones pavillonnaires.
Nous utilisons la nourriture et les plaisirs de la table. En partageant les recettes, les portes
s’ouvrent et la rencontre se fait. C’est dans l’action que nous créons le lien.
Dans ce projet, la zone pavillonnaire est notre terrain de jeu, mais ce sont effectivement les gens
qui l’habitent qui nous intéressent. Ils sont la beauté cachée. Dans la création artistique que nous
vous proposons, nous souhaitons révéler le potentiel de ce type de territoire via nos pratiques
artistiques complémentaires en sublimant ceux qui l’habitent.
Intention du spectacle
Une création qui à vocation à s’installer dans la rue d’un lotissement, d’une zone pavillonnaire
avec des maisons de chaque côté, des trottoirs, des murets, des entrées de garage, la vue sur des
jardins, des fenêtres visibles depuis la rue… Il y aura aussi une perspective au bout de la rue, un
point de fuite d’où peut apparaître des personnes, telle une scène de théâtre.
Une création dont les personnages principaux sont les habitants de la ville.
Notre démarche : investir un territoire, faire découvrir nos univers artistiques et faire participer
les habitants à un projet artistique collectif – tout en ce que chacun s’y reconnaisse et s’identifie.
Nous voulons révéler les savoirs faire de chaque habitant/participant en prenant appui, sur les
associations du territoire, sur des pratiques culturelles ou sportives...
Des images qui habitent notre pensée
Nous allons écrire un spectacle, telle une partition dans laquelle viendra s’inscrire les habitants
complices. Ils joueront leurs propres rôles d’habitants.
Ils se retrouveront performeurs, accomplissant leurs gestes habituels ou leurs savoir-faire dans
des contextes nouveaux, voire décalés, et ce, dans ce lieu insolite qu’est la zone pavillonnaire.
Créer à partir des personnes que nous rencontrons et des autochtones pour composer des mises
en scènes représentant des actions quotidiennes ou connues de tous, mais sorties de leur
contexte.
L’idée est de créer des images oniriques orchestrées par Julie Chaffort mis en scène avec les
habitants et dévoilées sur la durée comme une suite de tableaux en mouvement.
L’idée est d’avoir une histoire portée et racontée tout du long par Olivier Villanove. Une histoire ou
des histoires. Des anecdotes de vie, des partages d’expériences, des folies, des rêveries. Une parole
vagabonde en adresse directe au public qui crée à son tour des images mentales, des
confrontations avec ce qui se passera en direct dans la rue avec les habitants. Un ton simple,
pertinent, authentique, investi.
Par exemple, nous pourrons solliciter de nombreuses associations et talents tels que :
– Le club d’équitation : Les cavaliers et leurs chevaux remontent la rue sur un air de western
– un(e) pianiste, installé(e) sur un radeau échoué sur un trottoir, joue un morceau d’Arvo Pärt
– La chorale : elle surgit pour le final du spectacle, tel un feu d’artifice.
– Un club de sport : Le club de kung-fu performe sur des murets en chantant du Mozart.
– un club de danse de salon : Ils dansent un tango effréné au milieu de la route.
– un biker en Harley Davidson qui jette des croissants au public.
– un chanteur d’opéra survolant la zone pavillonnaire en montgolfière.
– un ballet de tondeuses à gazon et de rottofiles dans des jardins.

Dispositif et scénographie

Nous souhaitons une jauge à 150 personnes. Le public est accueilli comme pour un repas de
quartier. 15 habitants cuisiniers ont disposé des tables basses en plastique avec des petites
chaises. C’est simple et rudimentaire. Cela rappelle les cuisines de rue qui peuvent apparaître et
disparaître rapidement. Ils invitent le public à prendre place. Le public mange pendant le
spectacle. Les habitants cuisiniers racontent des anecdotes de vie, de leur installation dans le
quartier. On cultive une parole authentique.
Notre enjeu artistique est de faire se rencontrer deux univers singuliers, celui d’une vidéaste, et
celui d’un conteur. Julie a l’habitude de fabriquer des films avec des habitants et de les mettre
dans des situations performatives. Olivier a l’habitude de créer des récits qui viennent révéler des
lieux. Nous jouerons entre adresse intime à chacune des tables pour 10 personnes et
représentations spectaculaires pour la jauge complète.
La scène ne sera donc pas frontale. Nous utiliserons la route dans sa longueur comme espace de
jeu, de traversée, de représentation. Nous pourrons en fonction des lieux prendre appui sur des
points de hauteur, de la proximité, la maison d’un habitant…

Pourquoi ?

Ensemble, nous souhaitons partager la beauté cachée, celle d’une humanité qui se trouve là,
devant sa porte. En racontant les petites histoires d’un quartier, les préoccupations, les angoisses,
les plaisirs, nous comptons faire une photographie sensible d’un territoire.

C'est quoi une zone pavillonaire ?

"Quand je traverse une zone pavillonnaire, je m’interroge sur son histoire. Comment en moins d’un siècle, le paysage français s’est-il transformé ? Comment en est-on arrivé là ? J’ai grandi dans une zone pavillonnaire et forcément, pour l’enfant que j’ai été, ce territoire a toujours été là. En un peu plus de 40 ans, je l’ai vu se transformer, s’agrandir. Quelle limite ?"

Pour créer un spectacle qui prend appui sur ce type de lieu, il nous faut connaître son origine, son histoire, les enjeux de sa construction. Cette connaissance est indispensable pour nous permettra d’affirmer une parole singulière et fondée. La zone pavillonnaire dans lesquelles nous allons jouer répondent chacune à des singularité mais aussi à des dénominateurs communs. Pour les maîtriser, nous avons besoin, durant ce temps d’écriture, nous documenter et apprendre.

Comme point de départ, il y a cet article paru dans Télérama le 12 février 2010 :
Comment la France est devenue moche ? écrit par Xavier de Jarcy et Vincent Remy.

« Lorsque apparaissent les premiers supermarchés, au début des années 60, la France ne compte que 200 kilomètres d'autoroutes, un morceau de périphérique parisien, aucune autre rocade, pas le moin­dre rond-point... et un architecte-urbaniste visionnaire, Le Corbusier ! Celui-ci a compris très tôt l'hégémonie à venir de la voiture, à laquelle il est favorable. Dès 1933, avec des confrères qu'il a réunis à Athènes, il a imaginé de découper les villes de façon rationnelle, en quatre zones correspondant à quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures routières. »

Cet article nous éclaire sur les choix politiques qui ont engendré des topographies complexes de paysages. Mais il est difficile de maîtriser l’ensemble des facteurs de développements :

« Frédéric Bonnet, architecte-conseil de l'Etat en Haute-Vienne, confirme : « Dans un rayon de 40 kilomètres autour de Limoges, tous les villages ont construit dix, quinze, vingt maisons pour des habitants qui ne se rendent jamais dans le centre-bourg, puisqu'ils travaillent tous... à Limoges. » Le mécanisme est simple : pour lutter contre l'exode rural, pour éviter la fermeture de l'école, la commune fait construire un lotissement, qui amène de nouveaux arrivants. Mais les enfants scolarisés grandissent et s'en vont. Il faut créer un second lotissement pour attirer de nouvelles familles. C'est la fuite en avant. Le mitage du paysage est renforcé par la spéculation foncière. »